Le général De Gaulle était un érudit à part.

Merci au cinéaste Jean-Claude Labrecque !

Documentaire : La visite du général de Gaulle au Québec – 1967 – Jean-Claude Labrecque

 


 De Gaulle parle aux Québécois

 

Il y a cinquante ans, en 1967, Charles De Gaulle, visita le Québec. C’était son troisième passage ici. Son intérêt pour notre coin d’Amérique remonte au moins jusqu’à août 1940. Voici quatorze citations du Général relevées au cours des décennies 1940, 1950 et 1960 (Sélection de R. Barrette).


1er août 1940 – Appel aux Canadiens français sur les ondes de la BBC

« Personne au monde ne peut comprendre la chose française mieux que les Canadiens français. L’âme de la France cherche et appelle votre secours parce qu’elle trouve dans votre exemple de quoi animer son espérance en l’avenir. Puisque, par vous, un rameau de la veille souche française est devenu un arbre magnifique, […] La France, après la grande victoire, saura vouloir et saura croire.»


11 juillet 1944 – Première visite du général de Gaulle à Québec et à Montréal

« Je me suis senti comme submergé par une vague de fierté française. Bientôt recouverte par celle d’une douleur inconsolée toutes les deux venues du lointain de l’Histoire.»


21 avril 1960 – Deuxième visite – dîner d’État au Château Frontenac à Québec

« […] J’ai vu une grande réussite économique sans aucun doute, mais aussi une grande réussite humaine. C’est une grande réussite française […]. Si vous n’aviez pas réussi ce que vous avez fait, c’est encore une fois un membre qui aurait été arraché à la chose française. Et comme vous avez triomphé et comme vous êtes, je le constate, chez vous, eh bien, au contraire c’est un fleuron que vous avez ajouté à la couronne de ce qui est notre chose à tous, la chose française.»


22 avril 1960 – Allocution à l’hôtel de ville de Montréal

« Canadiens français, vous pouvez compter sur la France ; elle compte sur vous pour la suivre, l’appuyer. […] Il était essentiel qu’il y eut sur ce continent une présence française.»


5 octobre 1961 – Toast du général de Gaulle à Jean Lesage au Palais de l’Élysée

«Vous êtes le Québec ! Vous êtes les Canadiens français ! Il n’y a pas de temps écoulé qui ait pu effacer de l’esprit et du cœur de la France la pensée et la nostalgie de ceux de ses enfants qu’elle avait laissé là-bas voici tantôt deux cents ans. […] Or voici que l’évolution, si elle a pu longtemps nous séparer, nous rapproche directement. Il s’agit cette fois, non point seulement de sentiments à partager, mais bien de choses à faire ensemble. […] Nous croyons aussi que l’équilibre général du monde ne peut que gagner à la présence et à l’expansion, sur le sol du Nouveau Continent, d’une entité française , de souche, de culture et d’activité. […] Je lève mon verre… en l’honneur des Canadiens français plus proches qu’ils ne le furent jamais des espérances de la France.»


15 mai 1963 – Analyse en conseil des ministres après la visite de M. Lesage à Paris

« Le Canada français est en pleine évolution et en plein développement.[…] Un jour ou l’autre il se séparera du Canada anglais. Bien sûr, il est naturel qu’ils forment une Confédération et que cette Confédération règle les problèmes de leur vie commune. Mais chacun doit être indépendant de l’autre. Le Canada français doit devenir un État français d’Amérique.»


1965 – Commentaire de De Gaulle à son ministre Alain Peyreffite

« Ils sont 6 millions perdus au milieu de 250 millions d’Anglo-Saxons. Comment voulez-vous qu’ils résistent s’ils ne forment pas le carré, et si nous ne faisons pas la jonction avec eux ?»


3 mars 1965 – De Gaulle en conseil des ministres à l’Élysée

« J’ai vu Gérin-Lajoie hier. Cette «entente», comme ils disent, est importante en soi, pour notre coopération et pour l’avenir international du Québec. C’est la première fois que le Québec signe un accord avec un autre État. Ce sont les retrouvailles d’un morceau du peuple français et de la France»


9 décembre 1966 – Annotation de sa main sur un télégramme de l’ambassadeur de France à Ottawa

« Nous pouvons avoir de bonnes relations avec le Canada actuel. Nous devons en avoir d’excellentes avec le Canada français». Au demeurant cet ensemble [canadien] est devenu bien précaire.»


23 juillet 1967 –  Allocution devant l’hôtel de ville de Québec

« Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime !»


23 juillet 1967 – Dîner d’État offert par le gouvernement québécois à Québec

«[…] Au lieu de laisser mettre en œuvre par des entreprises extérieures les vastes ressources de votre territoire, vous entendez les découvrir, les organiser, les exploiter vous-mêmes. En somme, compte tenu des difficultés inévitables d’un tel changement, moyennant les accords et les arrangements que peuvent raisonnablement comporter les circonstances vous environnant et sans empêcher aucunement votre coopération avec des éléments voisins et différents, on assiste ici, comme en maintes régions du monde, à l’avènement d’un peuple qui, dans tous les domaines, veut disposer de lui-même et prendre en mains ses destinées. Qui donc pourrait s’étonner ou s’alarmer d’un tel mouvement aussi conforme aux conditions modernes de l’équilibre de notre univers et à l’esprit de notre temps ?   En tout cas, cet avènement, c’est de toute son âme que la France le salue.»


24 juillet 1967 – Allocution à Berthierville

«[…] Je constate ici comme ailleurs un grand essor du Québec, un grand essor moderne pour le progrès. Je le vois dans tout ce que j’aperçois […], je le vois dans votre jeunesse, dans tous les yeux ici ; vous êtes en train de monter, vous êtes un morceau du peuple français qui s’élève… qui prend en main ses destinées. Cela se fait comme il faut, pacifiquement et par les moyens modernes.

« La France a le devoir de vous aider. Il y a longtemps qu’elle vous doit quelque chose. Eh bien, la France va vous le rendre, ce qu’elle vous doit. Elle veut vous le rendre par le concours qu’elle entend apporter à votre développement. C’est pourquoi mon ami, M. Johnson, et moi-même, entre nos deux gouvernements nous avons conclu des accords de coopération particulière entre la France et le Québec. Nous allons poursuivre, et ça ira sur une échelle de plus en plus grande.»


24 juillet 1967 – Discours du balcon de l’hôtel de ville à Montréal

« C’est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville française de Montréal. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue de tout mon cœur.

Je vais vous confier un secret que vous ne répèterez pas. Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Outre cela, j’ai constaté quel effort de progrès, de développement, et par conséquent d’affranchissement vous accomplissez ici et c’est à Montréal qu’il faut que je le dise, parce que, s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre. Je dis c’est la vôtre et je me permets d’ajouter c’est la nôtre.

Si vous saviez quelle confiance la France, réveillée après d’immenses épreuves, porte vers vous, si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada et si vous saviez à quel point elle se sent obligée à concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C’est pourquoi elle a conclu avec le Gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords, pour que les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent ensemble à une œuvre française.

Et d’ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l’étonnement de tous et qui, un jour, j’en suis sûr, vous permettront d’aider la France.

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j’emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière, sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux.

Vive Montréal ! Vive le Québec !

Vive le Québec libre !

Vive le Canada français, et vive la France !»


25 juillet 1967 – Déjeuner d’apparat offert par la ville de Montréal à l’hôtel de ville

«[…] Pendant mon voyage – du fait d’une sorte de choc, auquel ni vous ni moi-même ne pouvions rien, c’était élémentaire, et nous avons tous été saisis – au cours de ce voyage, je crois avoir pu aller, en ce qui vous concerne, au fond des choses et quand il s’agit du destin et notamment du destin d’un peuple, en particulier du destin du peuple canadien-français ou français-canadien, comme vous voudrez, aller au fond des choses, y aller sans arrière-pensée, c’est en réalité non seulement la meilleure politique mais c’est la seule politique qui vaille en fin de compte. Ensemble nous avons été au fond des choses et nous en recueillons les uns et les autres des leçons capitales. Nous les emportons pour agir.

Vous, pour poursuivre votre œuvre dans ce Canada dont vous êtes le cœur, dans cette Amérique dans laquelle vous êtes implantés, avec naturellement toutes les circonstances, toutes les conditions particulières qui vous environnent, mais avec la flamme de nos aïeux.

Et nous, avec nos difficultés dans un monde qui nous est dur et difficile […] en ce qui concerne la France […] être elle-même, c’est-à-dire forte, vigoureuse et humaine […]. Votre œuvre et celle des Français de France ce sont deux œuvres conjuguées, ce sont deux œuvres liées [..] Cela implique, c’est évident, que nous resserrions beaucoup plus étroitement nos rapports physiques et nos rapports moraux, que nous nous rapprochions à tous les égards, par des échanges intellectuels, spirituels, scolaires, littéraires, artistiques, professionnels, touristiques, familiaux. Cela doit être organisé, développé. […]

Et quant au reste, tout ce qui grouille, grenouille, scribouille, n’a pas de conséquences historiques dans ces grandes circonstances pas plus qu’elle n’en eut jamais dans d’autres.

Par conséquent, nos vœux sont avec vous en partant, aussi ardents que jamais mais beaucoup plus précis, explicites, et je voudrais que quand je vous aurai quittés, avec ceux qui m’accompagnent, vous ayez gardé l’idée que la présence pour quelques jours du général de Gaulle dans ce Québec en pleine évolution, ce Québec qui se prend, ce Québec qui de décide, ce Québec qui devient maître de lui, mon voyage, dis-je, aura pu contribuer à votre élan. […]»